Nous sommes en janvier 1920 et une nouvelle société voit le jour à Tours. Elle se nomme la société Billard Chantenay et Cie avec pour activités principales la mécanique générale et la fabrication de pièces automobiles. Ensuite des tracteurs de manutention pour quai de gare sont construits. En 1922, les premiers engins ferroviaires, des draisines sortent des usines. Les constructions ferroviaires pour les mines, carrières, chantiers à voie de 0m50, 0m60 et 0m75 deviennent la principale activité. En 1932 les premiers autorails sont construits pour la compagnie CGL de l’Oise et leurs formes ressemblent encore à des autobus.

Nous sommes en 1935 et un petit peu plus au centre de la France, le réseau du CFD Vivarais aborde la modernisation de son matériel voyageur avec l’acquisition de sept autorails De Dion Bouton (n°201 à 207).

 
Dès 1936 la Compagnie des CFD, siégeant à Paris, s’associe aux établissements Billard à Tours pour mener à bien l’étude d’un autorail de moyenne capacité. Satisfaits des autorails livrés pour le réseau de la Corse, eux-mêmes issus d’une amélioration d’autorails livrés pour le réseau CFD d’Indre et Loire, les deux entreprises, en étroite collaboration, donnent naissance aux autorails de type A 80 D* construits par la suite à 32 exemplaires.

Revenons sur le réseau du Vivarais qui vient de recevoir, en 1938, ces trois premiers autorails Billard (type A 150 D n°211 à 213) ainsi que trois remorques permettant suivant la composition de passer de 50 places à 82 places.

Peu avant cette livraison, une commande est passée aux Établissements Billard. Il s’agit d’un nouveau type d’autorail fabriqué sur la base de 2 autorails A 80 D, les deux caisses reposant sur un boggie moteur central et deux boggies porteurs aux extrémités. Le type A 150 D 2 vient de naître. Numérotées 221, 222, 223 et 224, ces quatre automotrices seront livrées au réseau du Vivarais en 1939 (voir tableau).

Avec le moteur CLM 6DV85 de 150 chevaux, elles peuvent tirer, suivant le profil, une remorque portant la capacité en places assises de 64 à 96.

Mais la guerre plonge la France dans un profond désarroi et change l’histoire de ces quatre automotrices qui va être quelque peu mouvementée, voir malmenée.

En effet lors du rodage du moteur de la 222, il subit un serrage des coussinets (05/1939). La 223 subit un grippage de la ligne d’arbre le 27 juin 1939, la 221 un grippage du moteur en juillet 1939 et pour terminer la mauvaise série, la 224 est tout simplement garée en attente de mise en service. La pénurie empêchera la remise en service des engins, la 221 attendra pour reprendre du service septembre 1945, la 222 avril 1947 et la 224 décembre 1944. La 223 échappera à cet immobilisme en étant mutée sur le réseau du CFD Yonne du 20/10/1941 au 5 juin 1950 où elle effectuera 157.199 KM.

La faiblesse des moteurs CLM donnera lieu à un échange avec des moteurs Willème, toujours de 150 CV, au fur et à mesure de leur remise en service. La situation centrale du moteur ne permettait pas, malgré un radiateur frontal, un bon refroidissement et nécessita l’installation de radiateurs supplémentaires en toiture. La commande hydraulique des vitesses rendait inutilisables ces engins l’hiver.
 

 

La flèche des Cévennes
 

Intéressons-nous maintenant à l’histoire de la 222, elle sort d’usine le 30 mars 1939, et est livrée le 12 avril 1939 (avant la 221 qui était en essai sur le réseau CFD Indre et Loire). Après le serrage des coussinets, elle est garée jusqu’en avril 1947 où elle reprend du service après l’échange de son moteur. Elle rentre aux ateliers du Cheylard en septembre 1947 pour le remplacement de son moteur CLM par un Willème et ressort en mai 1948.
Le 13 août de la même année, elle est accidentée entre Troye et Saint-Jean-de-Muzol et retourne aux ateliers pour ressortir en mai 1949.

Le 01/05/1951, elle rentre à nouveau aux ateliers pour subir une révision générale et ne ressort que 4/03/1954. Le rude hiver de 1955 provoque le remisage de janvier à mars. Le 27/07/56 une révision du boggie moteur la contraint à rester à l’atelier jusqu’au 27/03/57.
Pendant cette immobilisation, elle prête sa caisse arrière à la 223 accidentée avec un camion sur un PN à Saint-Martin de Valamas (02/08/1956).

C’est juste après guerre qu’est apparu cet autorail. Il reliait La Voulte-sur-Rhône à La Voûte-sur-Loire et en marche facultative Dunières.

Nous ne connaissons pas précisément la périodicité de cette circulation, la fourchette se situant entre 1949 et 1952. Outre les flèches latérales apposées sur les deux caisses caractérisant l’autorail, un bar était tenu par une hôtesse et trois agents CFD accompagnaient l’automotrice. La 221 commença ce service prestigieux et après son passage à l’atelier, la 222 équipée de ses nouvelles portes d’accès à la cabine de conduite, prit sa place. Cette transformation permettait au mécanicien d’accéder à son poste de conduite sans déranger les clients. Cette modification réalisé uniquement sur la 222 la rendra reconnaissable de très loin parmi ces trois consœurs. Il existe également une photo non datée de la 224 arborant les flèches en gare de Tence.

L’heure de la retraite ou de la préretraite

Le 31 octobre 1968, lorsque la 222 regagna le dépôt du Cheylard, parée de ses drapeaux noirs en signe de deuil, rien ne laissait présager qu’aujourd’hui elle serait la dernière survivante de cette série de 4 automotrices. En effet la 221 accidentée servit de magasin à pièces et fût ferraillée.

En 1969, les 223 et 224 rejoignirent les chemins de fer de Provence (CP) entre Nice et Digne ou elles reprirent quelque temps du service pour être ferraillées en 1982.

La 222 sera affectée à la ligne touristique Dunières Saint-Agrève « contrainte et forcée » avec son lot de mauvaise réputation, entretenue, à juste titre, par les wattmans des CFD. Mais la survie de cet engin, nous la devons à un ancien conducteur des CFD «BUBU» qui grâce à ses compétences et à sa patience a su transmettre aux bénévoles du train touristique les connaissances nécessaires afin de garder cet engin unique en état de marche.
Pourtant le mauvais sort s’acharnait une nouvelle fois en 1974 avec un accident à un passage à niveau. La bonne étoile qui veillait sur cet engin ne ternit point et après un passage aux ateliers CFD de Montmirail la 222 reprit à nouveau du service.
En 1986, elle se retrouve prisonnière dans la remise autorail de Saint-Agrève et lorsque la ligne touristique reprit du service en 1993 elle y resta figée jusqu’en 1996. Son transfert par route intervient le 01 avril et lui permit de rejoindre le tronçon exploité entre Dunières et Saint-Agrève par crainte de vandalisme …..
Aujourd’hui élément indispensable à l’exploitation de la ligne touristique, elle subit une cure de jouvence bien méritée tandis que depuis le 29 mai 1997 elle a rejoint la liste des matériels ferroviaires classés monument historique.

Pour finir la préretraite s’annonce donc longue après presque 30 années de service commercial aux CFD et déjà 35 années en service touristique. Prenons comme exemple l’année 2003 où la 222 a parcouru plus de 2000 kilomètres en service commercial pour le grand bonheur des touristes et des amateurs.